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a12n-entraide Mailing List Archive: [A12n-entraide] Tr: "L'Afrique lutte contre la fracture numérique"

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  • Subject: [A12n-entraide] Tr: "L'Afrique lutte contre la fracture numérique"
  • From: "Donald Z. Osborn" <dzo@xxxxxxxxxxxx>
  • Date: Wed, 26 Jan 2005 00:11:46 -0600
Voici, PVI, un article intéressant sur les NTIC en Afrique. Noter entre autres
choses, la mention des langues africaines.

Don Osborn
Bisharat.net


Afrique Relance, Vol.17#3 (octobre 2003), page 7
http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol17no3/173techf.htm

L'Afrique lutte contre la fracture numérique :
Les nouvelles technologies de l'information transforment la vie de ceux qui y
ont accès

Par Gumisai Mutume

L es nouvelles technologies de l'information transforment rapidement la vie d'un
nombre restreint, mais de plus en plus élevé, d'Africains. Dans les zones
rurales du Togo, les exploitants agricoles peuvent s'informer instantanément
des prix du marché à Lomé, la capitale, au moyen d'un téléphone cellulaire. A
Accra (Ghana), les industriels qui, autrefois, n'arrivaient pas à avoir de
tonalité sur leurs lignes téléphoniques terrestres peuvent à présent obtenir
une liaison téléphonique immédiate grâce à la téléphonie Internet, qui permet
de passer des appels via Internet. Au Niger, le Centre d'information
communautaire de Bankilare télécharge des programmes audio à partir de la
chaîne éducative africaine et les retransmet à la radio locale.

Jusqu'à présent, ces Africains constituaient une minorité privilégiée. Pour la
majorité des Africains, le simple fait de passer un coup de fil n'est encore
qu'une lointaine possibilité alors que la plupart des habitants de la planète
communiquent à présent presque instantanément d'une ville ou d'une région à
l'autre grâce à des technologies sans fil et à des satellites permettant
d'envoyer des messages électroniques à grande vitesse.

De toutes les régions du monde, c'est l'Afrique qui a le moins de lignes
téléphoniques, de radios, de téléviseurs, d'ordinateurs et d'internautes. Ces
technologies servant à présenter et transmettre des informations et
connaissances sont ce qu'on appelle généralement les technologies de
l'information et de la communication (TIC). Le fossé qui sépare ceux qui ont
accès aux TIC et les autres est généralement qualifié de "fracture numérique".
C'est en Afrique que ce fossé est le plus marqué car en 2001, sur 800 millions
de personnes, 1 sur 4 seulement possédait une radio, 1 sur 13 un téléviseur, 1
sur 40 un téléphone et 1 sur 130 un ordinateur. La fracture est encore plus
importante dans les campagnes, où la majorité des habitants, à la différence de
leurs homologues urbains, n'ont ni routes, ni lignes téléphoniques ni
électricité.

Combler le fossé numérique

"Le fossé numérique risque d'isoler certains peuples, ceux d'Afrique en
particulier, déclare le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade. Paradoxe et
ironie, ajoute-t-il, que le continent qui a inventé l'écriture soit ... exclu
du savoir universel." En décembre, le Président Wade fera connaître son
programme de "solidarité numérique" lors du Sommet mondial sur la société de
l'information (SMSI) qui doit se tenir à Genève (Suisse). Dans le cadre de ce
programme, les nations disposant de technologies de pointe devront s'engager à
aider les pays les moins avancés. Un pays pourra manifester sa solidarité en
s'engageant à "prendre des mesures précises et quantifiées destinées aux pays
où le pourcentage de personnes [ayant accès à Internet] est inférieur à un
niveau donné", explique le Président Wade. Il faudrait, dit-il, constituer un
fonds de solidarité numérique afin de financer les projets relatifs aux TIC
dans les pays pauvres, en "réunissant des sommes très importantes perçues
aisément, au moyen de contributions très faibles". On pourrait prélever un cent
de dollar des Etats-Unis sur chaque communication internationale ou un dollar
sur chaque achat d'ordinateur personnel ou de logiciel.



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"Le fossé numérique risque d'isoler certains peuples, ceux d'Afrique en
particulier."
-- Abdoulaye Wade, Président du Sénégal

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Pour les dirigeants africains cherchant à combler le fossé numérique qui sépare
l'Afrique du reste du monde, le Sommet mondial sur la société de l'information
sera l'occasion d'obtenir de la communauté internationale qu'elle s'engage à
mettre les TIC à la portée de la majorité des Africains. Le sommet devrait en
principe adopter un plan d'action afin de combler l'écart entre les "nantis" et
les "démunis" de la technologie. L'Union africaine, lors de son sommet de
juillet, a adopté une résolution dans laquelle elle souligne "le rôle important
de la société de l'information pour le développement économique, sociopolitique
et culturel et les objectifs stratégiques des pays en développement". La
deuxième phase du Sommet se tiendra du 16 au 18 novembre 2005 en Tunisie, pays
qui a été le premier à suggérer que l'on organise une réunion afin de
promouvoir le recours aux TIC pour venir à bout de la pauvreté et réaliser les
Objectifs du Millénaire pour le développement adoptés en 2000.

Mettre la technologie à la portée de tous

La plupart des réseaux de télécommunications en Afrique se caractérisent par
l'insuffisance de leur bande passante (la quantité de données transmises par
une ligne de communication) et par la cherté des appels. L'analyse de l'accès à
Internet donne un bon aperçu de la situation des TIC en Afrique, déclare M.
Mike Jensen, consultant indépendant spécialisé dans les TIC, en Afrique du Sud.
La connexion à Internet fait appel à différentes TIC : ordinateurs, téléphones
et satellites.

En 2002, le nombre d'Africains ayant accès à des services Internet par liaison
commutée s'élevait à 1,7 million, dont 1,2 million en Afrique du Sud et en
Afrique du Nord. Si chaque ordinateur raccordé à Internet est utilisé par trois
à cinq personnes, note M. Jensen, il est possible que de 5 à 8 millions
d'Africains aient accès à Internet. En Afrique subsaharienne (exception faite
de l'Afrique du Sud), il y a environ de 1,5 à 2,5 millions d'utilisateurs --
soit une personne sur 250 à 400, alors que dans le reste du monde la proportion
est de 1 sur 15. En Amérique du Nord et en Europe, 1 personne sur 2 a accès à
Internet. Si l'on considère que le fait d'avoir accès à des nouvelles et
informations en temps utile peut être un facteur de développement du commerce,
de l'éducation, de l'emploi, de la santé et de la fortune, "trop de gens dans
le monde restent à l'écart de cette révolution, estime le Secrétaire général de
l'ONU, Kofi Annan. Les enjeux sont considérables".

Toutefois, l'Afrique a fait des progrès importants en matière de
télécommunications au cours des dernières années. Le nombre de lignes
téléphoniques terrestres est passé de 12,5 millions en 1995 à 21 millions en
2001, essentiellement, indique M. Jensen, grâce à une campagne régionale de
déréglementation du secteur. Le nombre de cabines téléphoniques et de centres
de télécommunications ou télécentres communautaires a rapidement progressé,
dit-il. Au Sénégal, "plus de 10 000 bureaux de téléphones publics exploités
commercialement emploient 15 000 personnes et produisent plus de 30 % des
recettes de l'ensemble du réseau [téléphonique]."

Les pays africains sont de plus en plus nombreux à contourner les vieilles
technologies et à éviter les frais qu'entraînerait la pose de lignes
terrestres. Les technologies sans fil et les téléphones mobiles deviennent le
moyen de communication préféré des Africains. En 2001 il y avait quelque 24
millions de téléphones mobiles en Afrique pour 21 millions de téléphones fixes.
Le nombre d'utilisateurs doublant chaque année, "l'Afrique est à présent le
marché cellulaire dont l'expansion est la plus rapide dans le monde", déclare
M. Muriuki Mureithi, PDG de Summit Strategies, bureau d'études de
télécommunications du Kenya.

L'information : un droit fondamental

Le droit de communiquer sera l'un des principaux thèmes du Sommet mondial sur la
société de l'information. Selon les groupes de la société civile en Afrique,
les pays, dans leur hâte de privatiser l'infrastructure, oublient le droit des
individus à la communication. Bien qu'il n'y ait pas encore de définition
universelle de ce droit, il consiste à garantir à tous un accès à des moyens de
communications peu coûteux.

Pour ce faire, il faut que les pouvoirs publics trouvent un moyen terme entre le
renforcement des installations de télécommunications publiques, qui sont
souvent le seul moyen de communication dont disposent les résidents pauvres des
campagnes et la commercialisation, note le Groupe africain de la société
civile, un groupe d'organisations non gouvernementales africaines participant
au SMSI. "Le droit de communiquer est un droit que les Africains connaissent
bien. Nous soutenons qu'il s'agit là d'un droit fondamental de la personne
humaine qui devrait être considéré comme le point de départ de l'établissement
d'une société mondiale de l'information", note le groupe. Il ajoute que la
plupart des technologies actuellement mises au point sont très coûteuses et
mettent les communications même les plus élémentaires hors de portée des
pauvres. Le groupe demande aussi aux gouvernements africains d'apporter leur
soutien à la création de logiciels dans des langues africaines pour permettre à
la majorité des Africains, qui ne parlent ni l'anglais ni le français, de
pouvoir participer.

Pour faciliter un accès universel, il faut que l'Afrique innove dans sa manière
d'utiliser les télécentres, indique M. Adama Samassekou, ancien Ministre de
l'éducation du Mali et maintenant président du Comité préparatoire du SMSI. Les
télécentres permettent à un grand nombre de personnes de partager les
ressources des TIC. "Il n'est pas nécessaire que chaque personne ait son propre
ordinateur", explique-t-il. L'Afrique pourrait aussi suivre l'exemple d'autres
régions en développement qui produisent des ordinateurs bon marché. "Des
initiatives intéressantes sont en cours dans le Sud ; en Inde par exemple, il y
a le 'simputer' -- un ordinateur simple -- et au Brésil il y a la Computadora,
très demandée", nous a expliqué M. Samassekou. Le 'simputer' est un ordinateur
de poche peu coûteux que des ingénieurs indiens ont mis au point pour permettre
aux masses rurales d'accéder à Internet. La Computadora est un ordinateur
réduit aux fonctions essentielles -- sans lecteur de disquettes -- qui coûte
environ 300 dollars et que les experts en TIC qualifient de "PC du peuple".

Les TIC au service du développement

C'est en grande partie parce que l'on considère que les technologies de
l'information et de la communication favorisent le développement que l'on
s'efforce d'élargir l'accès à ces technologies. Si les avis diffèrent en ce qui
concerne la nature et l'importance de leur rôle, on s'accorde toutefois
généralement à reconnaître que les TIC peuvent offrir des services tels que des
soins de santé aux communautés pauvres. En Afrique du Sud, un projet de
télémédecine de l'hôpital d'enfants de Tygerberg, au Cap, lancé en 1996, permet
aux spécialistes de l'hôpital de communiquer directement avec trois hôpitaux de
quartiers défavorisés. En 1994, le nouveau gouvernement a hérité d'un système
dans lequel la plupart des fonds publics destinés à la santé étaient affectés à
des hôpitaux urbains souvent réservés aux Blancs. Les hôpitaux et les cliniques
de district -- chargés de dispenser des soins primaires dans les villes et les
zones rurales à population noire -- manquaient de ressources. Aujourd'hui, la
plupart des spécialistes continuent de travailler en milieu urbain. Les
patients qui ont besoin d'un traitement spécialisé sont obligés de parcourir
des centaines de kilomètres pour ne pas être traités par des médecins ne
disposant que d'une formation et d'une expérience de généraliste.

Les experts de Tygerberg se servent d'un ordinateur, d'une imprimante, d'un
scanner et d'un appareil photo numérique. A l'aide d'une connexion par liaison
commutée, les docteurs de l'hôpital de district scannent les radiographies et
électrocardiogrammes puis les envoient par courrier électronique avec les
résultats des analyses de sang et des photographies numériques à Tygerberg où
un diagnostic est étabi puis envoyé à l'hôpital de district.

Au Zimbabwe, le projet Kubatana, site Web qui relie 230 groupes civils et
associations locales, présente des informations sur les nouvelles dispositions
législatives, le système électoral et les procédures d'inscription sur les
listes électorales, de même que sur les grands problèmes de société, tels que
le VIH/sida. Les propriétaires de ce site estiment qu'ils pratiquent un
"activisme électronique". Les utilisateurs trouvent ce réseau très utile étant
donné la censure actuellement imposée aux médias au Zimbabwe. Le réseau
s'efforce d'atteindre les Zimbabwéens qui n'ont pas d'ordinateur chez eux ni
sur leur lieu de travail, par l'intermédiaire des centres publics d'accès à
Internet, de plus en plus nombreux. Lorsque des campagnes sont menées en faveur
des droits de l'homme, les membres du réseau demandent aux personnes disposant
d'ordinateurs d'imprimer des documents et de les distribuer ou de les envoyer
aux personnes n'ayant pas accès au réseau.

Un "arbre de l'amitié" -- liste sur laquelle figurent les noms d'une centaine de
Zimbabwéens à contacter -- est constitué sur le site chaque fois qu'un militant
est arrêté, pour s'assurer qu'il y aura des témoins au procès. "Lorsque le
chaos règne, c'est en devenant témoin que l'on peut jouer un rôle vraiment
déterminant", note Mme Bev Clark, l'une des fondatrices de Kubatana, dans une
série d'études de cas portant sur les TIC réalisées par l'Institut
international pour la communication et le développement, fondation à but non
lucratif établie aux Pays-Bas.

C'est sans doute dans le domaine de l'éducation que le recours aux TIC est le
plus prisé en Afrique. On voit apparaître un peu partout des universités
"virtuelles" et d'autres institutions qui s'efforcent d'assurer l'éducation
d'un nombre croissant d'étudiants disposant de ressources limitées. Fait moins
connu -- les TIC servent aussi à réadapter les ex-enfants soldats. SchoolNet
Africa, organisation indépendante en faveur de l'éducation, établie en Afrique
du Sud et active dans 30 pays d'Afrique forme d'anciens enfants soldats en
Angola, au Libéria et au Rwanda. L'an prochain, ce programme aura appris à plus
de 100 enfants de ces trois pays à se servir d'un ordinateur et leur aura
offert une prise en charge psychologique.

En Sierra Leone, plus de 200 jeunes touchés par la guerre ont pris part à un
projet du Réseau international pour l'éducation et la recherche, organisation
non gouvernementale. Le montage multimédia que ce dernier présente sur Internet
se compose d'essais, d'images et de musique "qui décrivent le coût humain de la
guerre civile en Sierra Leone", explique M. Andrew Greene, formateur bénévole.
Selon lui le plus grand problème de ce projet est l'inaccessibilité d'Internet
dans son pays. "C'est laborieux car nous devons louer un autobus pour avoir
accès à Internet" dans les zones urbaines. Sinon, les étudiants font la route à
pied et ensuite font souvent la queue pendant des heures dans les cybercafés.
Ce projet a suscité la sympathie d'un grand nombre de personnes dans le monde,
indique M. Greene. "Le Bureau de l'ONU chargé des personnes déplacées considère
qu'il pourrait servir de modèle dans quatre autres régions du monde éprouvées
par la guerre" : le Cambodge, la Palestine, Sri Lanka et l'Ouganda.

La quête d'appuis politiques

En Afrique du Sud, un groupe d'universitaires vient de créer le tout premier
dictionnaire en ligne sotho du nord-anglais pour contribuer au développement de
l'une des 11 langues officielles de ce pays, longtemps délaissée. En Ouganda,
un service d'information en ligne a été lancé en mai pour former les
enseignants et étudiants à l'orientation des jeunes en matière de prévention et
de traitement du VIH. Mais un grand nombre d'initiatives locales de ce type se
heurtent à l'absence de stratégies nationales globales.

Au cours des dix dernières années, les dirigeants africains ont adopté des
déclarations et des résolutions tendant à accélérer le développement des
technologies de l'information sur le continent. En 1996, l'Organisation de
l'unité africaine a adopté l'Initiative de la société d'information africaine,
cadre directeur des efforts de développement des TIC en Afrique. Dans le cadre
de cette initiative, les chefs d'Etat se sont engagés à mettre au point des
politiques et stratégies nationales en matière de TIC mais, dans beaucoup de
pays, cela n'a pas encore été fait. L'an dernier, une déclaration prononcée
lors d'une conférence régionale africaine à Bamako (Mali) organisée dans la
perspective du SMSI a invité les pays d'Afrique à supprimer les taxes prélevées
sur le matériel et le logiciel des TIC jusqu'à la deuxième phase du Sommet de
Tunis en 2005. Un grand nombre de pays n'ont toujours pas accédé à cette
demande. Les pouvoirs publics attribuent cette apathie au manque de ressources,
en particulier financières.

Les dirigeants africains continuent de chercher des moyens de surmonter ce
problème. Le nouveau cadre de développement du continent, le Nouveau
Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) classe les TIC parmi
huit secteurs prioritaires. Aux termes du NEPAD, les gouvernements africains
s'engagent à doubler le nombre de lignes téléphoniques en Afrique d'ici à 2005,
à diminuer les coûts des services de télécommunications et à en améliorer la
fiabilité.

Une Commission e-Afrique a été mise sur pied par les dirigeants africains afin
de réaliser les objectifs du NEPAD en matière de TIC. Elle est présidée par M.
Alpha Oumar Konaré, ancien président du Mali et président en exercice de la
Commission de l'Union africaine. M. Konaré propose une formule "dette contre
connexion" aux termes de laquelle les pays riches s'engageraient à accorder
chaque année une remise d'au moins 1 % de la dette totale de chaque pays
africain et à placer les sommes réunies dans un fonds commun réservé aux TIC.
L'an dernier, la dette totale de l'Afrique subsaharienne s'élevait à 204
milliards de dollars. "Le boulet que l'Afrique traîne à ses pieds et qui
empêche tout décollage, c'est la dette, toujours la dette", a déclaré M.
Konaré.

Parfois, le problème tient tout simplement à un manque de planification de la
part des pouvoirs publics, indique M. Fred Kofi de Heer-Mensah de l'Institut de
gestion et d'administration publique du Ghana. Selon lui, les mesures prises
par les pouvoirs publics font souvent obstacle à l'expansion d'Internet sur le
continent africain. Il y a quelques années, l'ancien gouvernement du Ghana a
incarcéré les directeurs de plusieurs grands fournisseurs d'accès à Internet.
Même s'ils ont été mis hors de cause par la suite, ils avaient été accusés
d'avoir enfreint les lois en matière de téléphonie en permettant à leurs
abonnés de passer des coups de fil par le biais d'Internet. Les fournisseurs
d'accès à Internet, souvent grâce à des liaisons rapides par satellite, étaient
en mesure de proposer à leurs clients des tarifs extrêmement bas pour leurs
communications téléphoniques, même internationales, et rivalisaient ainsi avec
les fournisseurs de services téléphoniques ordinaires.

"La téléphonie Internet est en train de transformer tous les rapports de force",
explique M. Francis Quartey, directeur technologique d'Intercom Data Network,
qui faisait partie des personnes incarcérées. "Le danger vient de ce que
l'élite du pouvoir se laisse guider par la peur et l'ignorance quand elle
réagit."

Les tarifs de communication élevés s'expliquent aussi par les stratégies
inadéquates des pouvoirs publics, explique M. de Heer-Mensah. Dans de nombreux
pays, les ordinateurs et les téléphones cellulaires sont considérés comme des
articles de luxe et font l'objet de taxes élevées. Un grand nombre de pays
pauvres d'Afrique font payer très cher l'accès à Internet tandis que les pays
relativement aisés, tels que l'Afrique du Sud, offrent aux institutions
universitaires un accès peu coûteux et même gratuit à Internet, indique-t-il.
Un accès peu coûteux stimule la production de contenu local et permet de se
constituer un public local. En Afrique du Sud, il arrive que les tarifs de
connexion commutée ne dépassent pas 5 dollars par mois, somme à la portée de la
plupart des citadins. Dans d'autres pays, les tarifs mensuels dépassent parfois
30 dollars. Curieusement, dit M. de Heer-Mensah, "il s'agit des pays qui
imposent toutes sortes de mécanismes de contrôle".

Pour que l'Afrique parvienne à résoudre ces problèmes redoutables, il faudra
qu'un dialogue plus franc et plus énergique s'instaure entre les simples
citoyens et ceux qui les gouvernent. Selon M. Joseph Okpaku, président de la
Société Telecom Africa, entreprise américaine, l'Afrique a le choix entre deux
possibilités : "Soit nous allons continuer à nous voiler la face et ainsi à
préserver notre réputation même si cela laisse nos problèmes s'envenimer. Ou
bien nous devrons trouver le courage de faire face aux problèmes très graves
qui sont les nôtres."



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Last Updated: Wed Mar 14 23:48:11 2007

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